Francis Riendeau pour Les 3 sex*

Chronique • Critical Sexology

4 mai 2020
px
text

Le texte ci-dessous provient de la revue Avant-garde de Les 3 sex* publiée en version papier en avril 2019 puis en version électronique en mai 2019. Pour obtenir plus d'informations sur la revue ou pour vous la procurer, cliquez ici.

 

Est-ce un mouvement, une idéologie, une perspective pratique ou encore une théorie liée à la sexualité humaine?

Originaire du Royaume-Uni, la Critical Sexology est d’abord définie comme étant une série de séminaires interdisciplinaires pour les académicien.ne.s et les activistes qui s’intéressent aux notions de genre et de sexualité dans les discours médicaux et sociaux. Elle s’adresse aux individus œuvrant en psychologie, psychanalyse, sociologie, philosophie, littérature, arts, médecine, droit et histoire qui souhaitent aborder la construction du genre et le vécu de la sexualité dans une perspective critique, et ce, dans un espace sécuritaire (Barker et al., 2009; Critical Sexology, 2018).

Depuis le premier séminaire de Critical Sexology en 2002, de nombreux sujets liés à la sexualité humaine ont été abordés et critiqués, tels que la pornographie, les concepts de la féminité et de la masculinité, l’agentivité, la santé mentale ou encore le dévoilement de sa sexualité en tant que professionnel.le (Critical Sexology, 2018). Au sein des séminaires, ces notions font l’objet de débats en incluant les diverses influences qui s’opèrent autour de celles-ci. Pourquoi? Parce que la sexualité et la sexologie ne s’avèrent pas complètement indépendantes du contexte social et politique dans lequel elles s’exercent : les sociétés, les concepts et les individus changent et évoluent constamment.

Critical Sexology au Québec?

Le seul département de sexologie en Amérique du Nord, qui se situe à l’Université du Québec à Montréal, a été l’hôte, en décembre 2018, d’un colloque sur l’intégrativité des approches et la politisation de la pratique en sexologie clinique. Parmi les objectifs de l’évènement figuraient la volonté de confronter les théories cliniques classiques en sexologie, l’expérience pratique et les conceptualisations théoriques récentes. Cet évènement témoigne de la volonté du département de sexologie d’opter pour une sexologie plus critique et nuancée, initiative qui permettra d’actualiser les pratiques actuelles en sexologie (UQAM, 2018).

Alors que les analyses critiques et politiques en sexologie s’intéressent peu aux approches cliniques et sont généralement associées aux milieux universitaires ou communautaires, ce récent colloque est l’un des premiers à ouvertement proposer l’inclusion des clinicien.ne.s. La volonté derrière cette initiative est facilement associable au mouvement Critical Sexology qui vise justement à réunir les chercheur.e.s et les professionnel.le.s. dans l’analyse des enjeux sociopolitiques.

En ce qui concerne les autres universités québécoises, l’Institute for Gender, Sexuality and Feminists Studies de l’Université McGill indique adopter une approche interdisciplinaire et critique au sein de leur programme Gender, Sexuality, Feminist, and Social Justice Studies (GSFS) (McGill University, 2019). En outre, l’Université Bishop suit les mêmes traces avec leur programme Gender, Diversity and Equity Studies qui vise à critiquer les influences sociales dictant la vie des individus (Studyportals, 2019).

L’existence de tels programmes peut être perçue comme une démonstration de l’intérêt réel pour les enjeux soulevés par des mouvements tels que Critical Sexology. Récemment, la sexologie s’est tout de même redéfinie par une réforme du baccalauréat qui semble désormais plus sensible aux enjeux sociaux et politiques liés à la sexualité humaine. Néanmoins, la maîtrise clinique, pour sa part, attend toujours sa révolution.

Critical Sexology, avant-gardiste? Absolument.

Par sa volonté d’inclure les théories queer dans la pratique de la sexologie;

Par son approche critique des divers concepts liés à la sexualité humaine;

Mais surtout par sa vision interdisciplinaire qui mobilise et nourrit la réflexivité des professionnel.le.s œuvrant en sexologie.

 

Selon l’angle d’analyse adopté, il pourrait être possible de définir Critical Sexology autant comme un mouvement, une idéologie, une perspective pratique ou encore une théorie. Mis à part le fait que ce terme définisse des séminaires pratiques, il peut aussi représenter une façon de penser ou un idéal à atteindre, pour une sexologie plus représentative de la diversité des sexualités.

Les séminaires portant sur la Critical Sexology ont tout d’abord été établis par Iain Morland et Dr Lih-Mei Liao. Iain Morland est un consultant technologique, programmeur et écrivain qui a rédigé de nombreux essais sur la sexualité et la notion de genre, ainsi que sur l’éthique dans le domaine médical et scientifique (Morland, 2019). Dr Lih-Mei Liao, pour sa part, est une psychologue spécialisée en gynécologie pédiatrique, en maternité ainsi qu’en santé mentale périnatale. Elle est aussi particulièrement active auprès des individus qui présentent des conditions génétiques pouvant affecter le développement sexuel et reproductif (University College London Hospital, 2018).

En 2006, l’organisation des séminaires a ensuite été reprise par Lisa Drowning et Dr Meg-John Barker. Lisa Downing est professeure au département des langues modernes à London au Royaume-Uni, où elle étudie principalement les intersections entre la théorie critique, les études sur la sexualité et le genre, ainsi que les études culturelles (University of Birmingham, 2019). Dr Meg-John Barker, pour sa part, est un.e conférencier.e sénior.e, auteur.e, consultant.e et activiste qui s’intéresse principalement à la sexualité, au genre et aux relations (The Open University, 2019).

Les évènements portant sur la Critical Sexology sont cependant organisés depuis peu par Dr Stephanie Davis, qui s’intéresse aux intersections entre l’identité ethno-raciale, le genre, la sexualité et la psychologie communautaire critique (University of East London, 2019), Dr Elliot Evans, qui étudie principalement les théories féministes, queers et transgenres (University of Birmingham, 2019), ainsi que Dr Jos Twist, qui s’intéresse à la diversité sexuelle, relationnelle et de genre (Gender Identity Development Service, 2019).

px
text
À lire/ commenter/ critiquer
px
text
Références
sexologie critique, interdisciplinarité, multidisciplinarité, discours, genre, influences, social, politique, changement, Québec, pratique, théorie, communautaire, universitaire, clinique

Commentaires

Connectez-vous ou Créez un compte . Seuls les abonné.e.s peuvent commenter.