Michelle Caron-Pawlowsky

Chronique · Sexe, femmes et prison : comment les détenues vivent-elles leur sexualité intracarcérale?

8 septembre 2020
Alexandra Toupin (B.A. Sexologie), avec la collaboration de Jessika Beaumont (B.A. Sexologie), Christina Gagnon et Arielle Latulipe (étudiantes en sexologie à l’UQAM)
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Cette chronique est basée sur un article publié dans les actes de colloque de la 7e édition de la Journée étudiante annuelle de la recherche en sexologie (JEARS). Pour consulter les actes de colloque en entier et pour en apprendre davantage sur la JEARS, cliquez ici.

 

Dans la foulée de la popularité des émissions télévisées telles que Orange Is the New Black (Kohan, 2013-2019) et Unité 9 (Trottier, 2012-2019), un intérêt nouveau pour la situation des femmes1 détenues en établissement carcéral2 s’est développé (Cano, 2016; Cousineau et Frigon, 2016; Schwan, 2016). 

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Entre 1987 et 2012, au Canada, la population féminine était l’une de celles dont le taux de croissance des incarcérations était des plus élevés, dépassant même celui de la population masculine (Forouzan et al., 2012). Pourtant, les femmes détenues sont encore sous-représentées dans les recherches scientifiques (Forouzan et al., 2012; Henry, 2016; Ministère de la Sécurité publique du Québec, 2011) et cette rareté est d’autant plus considérable lorsqu’il s’agit d’aborder leur sexualité (Ministère de la Sécurité publique du Québec, 2011; Ricordeau, 2009). Contrairement aux recherches qui « mettent à nu la détresse sexuelle des [...] hommes détenus », on considère que « les femmes détenues sont souvent complètement occultées de ces débats autour de la frustration sexuelle. On leur prête en effet moins de désirs et de besoins sexuels. » (Lancelevée, 2011, paragr. 10).

Or, plusieurs recherches indiquent que la santé sexuelle des femmes détenues est préoccupante, notamment en raison de la présence d’un taux plus élevé d’infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) dans cette population que dans la population non incarcérée (Gouvernement du Canada, 2013), d’une difficulté à avoir une vie sexuelle satisfaisante (Maeve, 1999) et de l’existence de la victimisation sexuelle intracarcérale (Fowler et al., 2009), pour ne nommer que quelques-unes de ces préoccupations.

Pourtant, la santé sexuelle, concept multidimensionnel qui fait valoir l’importance d’une approche positive de la sexualité, constitue un droit humain fondamental (Organisation mondiale de la Santé, 2006). 

Les problèmes liés à la santé sexuelle nuisent non seulement à la personne qui en souffre, mais également à son entourage et à la société (p. ex. lorsque la personne est porteuse d’une ITSS et qu’elle la transmet à ses partenaires sexuel.le.s), sans compter qu’ils peuvent être le symptôme ou la cause d’un problème de santé plus grave (p. ex. une perte de désir causée par une tumeur hypophysaire) (Pan American Health Organization, 2000). La présente chronique permet de dresser un portrait des connaissances sexologiques actuelles sur la vie affective et sexuelle des détenues, de même que de proposer des recommandations visant à reconsidérer la place et l’importance de la santé et de la satisfaction sexuelles comme composantes essentielles de la santé globale des détenues.

Des relations affectives sous contraintes

La sexualité est un aspect central de la vie d’une personne et elle ne se limite pas à la génitalité ou aux activités sexuelles. Il s’agit d’un concept qui désigne un ensemble d’aspects identitaires, affectifs et relationnels où le plaisir et la créativité occupent une place importante (World Association for Sexual Health, 2007). En milieu carcéral, la sexualité existe majoritairement sous une forme affective, c’est-à-dire en couple et influencée par des sentiments (Gibson et Hensley, 2013). Que ce soit pour répondre à un besoin de réconfort affectif, psychologique ou émotionnel, les détenues s’engagent parfois dans des relations homosexuelles (Gibson et Hensley, 2013). Même si l’homosexualité intracarcérale est courante, elle ne définit pas systématiquement l’orientation sexuelle extracarcérale d’une détenue. L’homosexualité intracarcérale est même majoritairement considérée comme circonstancielle, car à l’exception des membres du personnel de prison, qui ne sont pas nécessairement des femmes, mais avec qui tout acte sexuel est prohibé, les seules personnes disponibles pour partager la sexualité des détenues sont majoritairement du même genre qu’elles (Gibson et Hensley, 2013).

Ainsi, plusieurs détenues rapportent que leur homosexualité en prison n’est pas représentative de leur orientation sexuelle globale.

La majorité de ces femmes vivent un retour à leur orientation sexuelle précarcérale lors de leur sortie de prison (Ricordeau, 2009).

Quant aux démonstrations d’affection et aux activités sexuelles entre détenues, celles-ci sont limitées par plusieurs aspects : réglementation stricte (surveillance constante, contrôle de l’emploi du temps), contraintes des lieux (absence d’espaces adaptés aux activités sexuelles qui soient intimes, privés et sécuritaires), intolérance de certain.e.s membres du personnel de prison, adaptation progressive des détenues à leur nouvel environnement correctionnel et temps nécessaire pour parvenir à reconnaître ce nouvel environnement comme compatible avec la sexualité (Joël-Lauf, 2009).

Pour réduire la stigmatisation des relations (affectives et sexuelles) entre détenues, il apparaît essentiel de sortir du cadre hétéronormatif, de considérer la fluidité de leur identité sexuelle et de reconnaître que les raisons pour lesquelles elles s’engagent dans des relations homosexuelles sont variées et multifactorielles (Forsyth et al., 2002). Pour ce faire, les intervenant.e.s et les professionnel.le.s sont encouragé.e.s à privilégier l’adoption d’une attitude d’écoute plutôt qu’une position d’expert.e au moment d’interagir avec des détenues (Forsyth et al., 2002). Cette attitude a l’avantage de promouvoir le sentiment d’être entendue et respectée, ce qui pourrait permettre aux détenues de se sentir plus à l’aise de se confier à leurs intervenant.e.s en cas de besoin (Forsyth et al., 2002). D’ailleurs, ce lien de confiance et cet esprit de collaboration entre détenues et intervenant.e.s ou professionnel.le.s sont essentiels pour permettre aux détenues d’utiliser les soins et les services qui leur sont proposés et dont elles peuvent avoir besoin pour favoriser leur santé sexuelle (p. ex. examens gynécologiques, tests de dépistage, distribution de préservatifs et de digues dentaires, etc.; Aakjaer et Brandt, 2012).

Au niveau structurel, il serait intéressant que les établissements de détention offrent de la formation aux intervenant.e.s qui y travaillent afin qu’iels3 puissent discuter de relations affectives avec les détenues dans un cadre confidentiel. De plus, ces établissements pourraient mettre sur pied des groupes de professionnel.le.s qui puissent discuter de la possibilité d’assouplir certaines règles pour permettre aux détenues de vivre des relations affectives sans se cacher et dans un contexte sécuritaire.

Des activités sexuelles consensuelles existent

La reconnaissance officielle de l’existence de la sexualité en prison est évitée pour des raisons politiques et sociales remontant à plus d’un siècle (Fleisher et Krienert, 2009). Pourtant, les relations sexuelles consensuelles entre détenues existent bel et bien. D’après une étude publiée en 2014, 96 % des détenues interrogées estimaient que les couples en prison ressemblaient aux couples hors prison, y compris concernant la sexualité consensuelle (Krienert et al., 2014). D’autres chercheuses et chercheurs ont également avancé que plus les personnes sont incarcérées longtemps, plus elles sont susceptibles de s’intéresser, voire de préférer les activités sexuelles homosexuelles, probablement en raison de la ségrégation sexuelle des établissements de détention et de la plus grande accessibilité aux expériences sexuelles entre partenaires de même genre qu’entre partenaires de genre différent (Garland et al., 2005).

La majorité des détenues sont donc sexuellement actives durant leur incarcération et la majorité des activités sexuelles qu’elles vivent sont consensuelles (Krienert et al., 2014).

Puisque les contacts sexuels font partie des besoins des détenues (Comfort et al., 2005) et de leurs droits fondamentaux (Organisation mondiale de la Santé, 2006), Krienert et ses collègues (2014) suggèrent que des espaces physiques soient prévus pour assurer l’intimité des détenues et permettre l’actualisation de leurs relations sexuelles dans un contexte sécuritaire. Il serait également judicieux de promouvoir l’éducation et la sensibilisation du personnel de prison par rapport au respect du droit des détenues à l’intimité sexuelle. De plus, les futures recherches sur la sexualité des femmes en prison devraient s’intéresser aux effets positifs et négatifs des différents comportements sexuels qu’elles adoptent. Les connaissances que ces recherches produiront pourraient servir à améliorer les politiques et règlements des prisons et à encourager la pratique fondée sur les données probantes dans une approche de respect des droits sexuels.

ITSS : un sujet de préoccupation considérable

Une étude ayant interrogé des détenu.e.s hommes et femmes a mis en évidence l’inquiétude des participant.e.s au sujet de la transmission des ITSS entre détenu.e.s et du dépistage de ces ITSS (Krienert et al., 2014). Iels ont mentionné à plusieurs reprises leur frustration face au manque de mesures de protection et de prévention des ITSS disponibles en prison, de même que leurs craintes de représailles en cas de résultats positifs à un test de dépistage. Le manque de moyens de protection et de prévention des ITSS en prison est d’autant plus préoccupant que les détenu.e.s constituent une population plus à risque de transmission d’ITSS que la population non détenue (Gouvernement du Canada, 2013). En effet, on estime que la population carcérale fédérale canadienne possède un taux de VIH 7 à 10 fois plus élevé ainsi qu’un taux d’hépatite C 30 à 40 fois plus élevé que celui de la population générale (Gouvernement du Canada, 2013). De plus, certain.e.s détenu.e.s ont recours à des pratiques dangereuses pour contrer les ITSS et les grossesses (p. ex. fabrication de préservatifs improvisés ou utilisation d’eau de Javel pour rincer les parties génitales après un contact sexuel; Krienert et al., 2014). Ces comportements sont pourtant décrits par les détenu.e.s comme des moyens d’assurer leur intégrité corporelle (Krienert et al., 2014). Cela montre qu’iels sont souvent peu ou mal informé.e.s au sujet de ce qui constitue un comportement sexuel sécuritaire et qu’iels s’appuient sur des mythes à propos des pratiques sexuelles à risque (Krienert et al., 2014). À la lumière de ces diverses préoccupations, il est suggéré aux établissements carcéraux de mettre en place des programmes de distribution de préservatifs et de digues dentaires gratuits, de promouvoir l’accès à des tests de dépistage des ITSS confidentiels et respectueux, et de proposer des séances d’éducation à la sexualité dans le but de favoriser l’adoption de comportements sexuels sécuritaires, positifs et consensuels (Krienert et al., 2014). Par ailleurs, les recherches futures devraient se concentrer sur la mise à jour des prévalences et incidences des ITSS chez les détenu.e.s de même que sur l’analyse de leurs besoins en matière de santé sexuelle intracarcérale (Krienert et al., 2014). Il semble également judicieux de recommander que le personnel de prison soit sensibilisé à la légitimité de la sexualité des détenu.e.s afin de ne pas contribuer à la stigmatisation des comportements sexuels sécuritaires (p. ex. confiscation de préservatifs et de digues dentaires, non-respect – volontaire ou non – de l’intimité sexuelle, etc.).

Violences sexuelles : les détenues ne sont pas épargnées

Chaque année, aux États-Unis, plus de 80 000 détenu.e.s, surtout des femmes, sont agressé.e.s sexuellement pendant leur incarcération (Kubiak et al., 2017). Les femmes les plus susceptibles de vivre des violences sexuelles en prison sont les femmes racisées de minorité sexuelle ou de genre (Arkles, 2010). Malgré cela, il n’existe pratiquement aucune donnée permettant d’aborder le vécu particulier de ces femmes par rapport à la victimisation sexuelle intracarcérale.

Une étude états-unienne interrogeant des détenues en prison à sécurité maximale a révélé que 32 % d’entre elles rapportaient avoir vécu des violences sexuelles (Struckman-Johnson et Struckman-Johnson, 2002). Cette étude s’est aussi penchée sur les conséquences des agressions sexuelles chez les détenues : la plupart des survivantes de ces agressions ressentaient davantage de stress et de symptômes dépressifs, avaient plus de difficulté à faire confiance aux autres, appréciaient moins la proximité d’autrui et faisaient plus de cauchemars qu’avant l’agression.
D’autres études se sont penchées sur l’implication des agent.e.s de correction face aux agressions sexuelles vécues par les détenues. Ces études indiquent que si la plupart des agent.e.s ne prennent pas part directement aux agressions, certain.e.s y participent tout de même indirectement (Coelho et Gonçalves, 2010), par exemple en se montrant indifférent.e.s aux conditions qui peuvent augmenter le risque de victimisation sexuelle (sexisme, cissexisme, racisme, etc.; Baćak et al., 2018). Si les agent.e.s de correction se montrent indifférent.e.s à ces facteurs de risque, iels contribuent indirectement à maintenir un environnement non sécuritaire pour les détenues.

Les recherches tendent également à mettre en évidence l’existence d’agressions sexuelles commises par des membres du personnel de prison envers les détenues.

D’après Kubiak et ses collègues (2017), plus de la moitié des agressions sexuelles vécues par les détenues seraient perpétrées par des membres du personnel de prison, ce qui freinerait la dénonciation.

Si seule une minorité (20 à 35 %) d’agressions sexuelles sont rapportées à la police dans la population générale, (Planty et al., 2013; Sinozich et Langton, 2014), cette proportion est encore plus faible pour les agressions sexuelles commises sur des détenues, en particulier lorsque l’agresseur.e est un.e membre du personnel de prison (Kubiak et al., 2017). Ces constats font tristement écho à l’actualité des derniers mois.

Des études (Culley, 2012; Kubiak et al., 2005) ont aussi montré que le fait d’avoir vécu des agressions à répétition par le ou la même membre du personnel de prison, le fait d’avoir une peine d’emprisonnement de 12 ans et plus, la crainte de ne pas être crue (Culley, 2012; Kubiak et al., 2005), la lourdeur des procédures administratives et le fardeau de la preuve porté par les plaignantes sont des facteurs qui inhibent la dénonciation des agressions sexuelles par les détenues (Michigan Department of Corrections, 2013).

Il apparaît donc essentiel que les établissements de détention se penchent sur le problème de victimisation sexuelle des détenues dans leur milieu, par exemple à travers des programmes d’éducation, de prévention et de traitement conçus pour les femmes qui ont vécu des violences sexuelles durant leur incarcération ou pour les intervenant.e.s susceptibles de les côtoyer et de leur venir en aide (Pardue et al., 2011). De plus, il est important que des soins médicaux et des suivis psychologiques ou sexologiques accessibles et respectueux soient proposés aux détenues ayant vécu des violences sexuelles vu les conséquences physiques et psychologiques qu’elles peuvent vivre à la suite d’agressions sexuelles (Pardue et al., 2011). Il est également recommandé que les établissements mettent en place et appliquent des politiques de tolérance zéro à l’égard des agressions sexuelles et du harcèlement sexuel envers les détenues (Pardue et al., 2011). Par mesure de prévention, l’évaluation psychologique des futur.e.s employé.e.s des établissements carcéraux pourrait être intégrée durant le processus d’embauche afin d’identifier les personnes à risque de commettre, d’ignorer ou d’encourager des agressions sexuelles sur des détenues (Pardue et al., 2011). Les éléments les plus importants qui devraient faire l’objet d’une telle évaluation, parce qu’ils sont reconnus comme contribuant au problème des agressions sexuelles en milieu carcéral, sont : les attitudes hostiles envers les femmes et les survivantes d’agressions sexuelles (p. ex. attribuer le blâme des agressions sexuelles aux victimes), les stéréotypes négatifs envers les femmes et les survivantes d’agressions sexuelles (p. ex. croyance que les femmes sont de nature faible), les comportements perturbateurs (p. ex. tendance à utiliser l’intimidation ou l’agressivité) et l’hypermasculinité (p. ex. adhérer à l’idée que les hommes sont de nature dominante et qu’il est normal qu’ils cherchent à s’imposer aux femmes; Kraska et Kappeler, 2006). Embaucher davantage de femmes dans les prisons constituerait aussi une mesure susceptible de réduire la victimisation sexuelle des détenues (Pardue et al., 2011). De plus, Maier (2008) soutient que les services d’avocat.e.s spécialisé.e.s devraient être offerts gratuitement et sans délai aux plaignantes afin de prévenir la revictimisation et l’attribution du blâme aux victimes.

Quant aux futures recherches, celles-ci devraient s’intéresser davantage aux expériences sexuelles des détenu.e.s racisé.e.s et des personnes issues de la diversité sexuelle et de genre, à la lumière d’une lecture intersectionnelle, considérant leur surreprésentation parmi les survivant.e.s d’agressions sexuelles intracarcérales.

Même si la réalité des détenues peut varier en fonction du type d’établissement de détention ou des particularités légales et pénales propres à chaque pays, il est possible de dégager une conclusion claire des résultats d’études présentées dans cette chronique : la sexualité intracarcérale des détenues existe et refuser de s’y intéresser engendre davantage de problèmes que cela en résout.

S’il est clair qu’il reste bien du chemin à faire avant d’atteindre un niveau acceptable de considération pour l’importance de la sexualité dans la vie des personnes4, il ne faudrait pas oublier que ce constat est tout aussi applicable à la sexualité dans la vie des détenues.

Ainsi, dans une perspective de respect des droits sexuels et dans le but de favoriser une meilleure santé sexuelle, les détenues devraient pouvoir exprimer leur sexualité intracarcérale sainement et sécuritairement. Des solutions aux niveaux individuel et structurel sont nécessaires pour permettre un tel contexte, et cela doit notamment passer par la mise en place d’ateliers d’éducation à la sexualité pour le personnel des établissements carcéraux et pour les détenues, la création d’espaces d’intimité accessibles et sécuritaires pour les détenues, l’accès gratuit aux soins de santé sexuelle, l’implantation de campagnes de prévention des ITSS et des agressions sexuelles, et l’assouplissement ou la modification des politiques et règlements des établissements de détention pour permettre aux détenues d’avoir des activités sexuelles. Dans tous les cas, si la mise en place de certaines de ces solutions s’avérait inenvisageable à certains endroits, il demeurerait que, pour les instances au pouvoir (p. ex. directions d'établissement de détention, ministère de la Sécurité publique, etc.), une sérieuse discussion sur la sexualité intracarcérale des détenues s’impose.

1 Dans ce texte, le terme « femme » sera utilisé. Pour les autrices, ce terme désigne une personne qui s’identifie au genre féminin, qui se considère comme féminine, que ce soit physiquement, mentalement ou émotionnellement. Il s'agit donc d'une identité qui va au-delà de de la notion de sexe biologique ou de genre attribué à la naissance. Cependant, il est important de mentionner que la majorité des études menées sur des populations de personnes détenues utilisent une classification binaire du genre, c'est-à-dire que les personnes interrogées sont classées soit comme hommes, soit comme femmes. D'ailleurs, les établissements de détention sont aussi organisés d'une manière qui promeut cette ségrégation sexuelle. Autrement dit, la plupart du temps, une personne condamnée sera envoyée dans une prison pour hommes, ou dans une prison pour femmes, et ce, principalement en fonction de son sexe attribué au niveau civil (dans ses papiers officiels). Cela signifie qu'il arrive que des femmes soient envoyées dans des prisons pour hommes, et vice versa. Il en va de même pour les personnes non binaires ou de genre non conforme, que l'on envoie dans des établissements pour hommes ou pour femmes en fonction de critères qui ne relèvent pas de leur identité intrinsèque. Par conséquent, le terme « femme » et les accords au féminin seront privilégiés dans le texte, mais il est important de se rappeler que l'on ne trouve pas que des femmes dans les prisons pour femmes. 

Les termes « prison », «pénitencier », « établissement de détention » et « établissement carcéral » sont utilisés de manière interchangeable dans le texte, bien qu'ils désignent habituellement des établissements différents, les prisons étant de juridiction provinciale et les pénitenciers étant de juridiction fédérale.

3 « Iel » et « iels » sont des pronoms neutres et inclusifs qui peuvent désigner à la fois les personnes s’identifiant au genre masculin, celles s’identifiant au genre féminin et celles s’identifiant à un autre genre ou ne s’identifiant à aucun genre.

4 En effet, dans les derniers mois seulement, nous avons pu être témoins d’un nombre alarmant de problèmes engendrés par un manque de sensibilisation et de reconnaissance pour l'importance de la sexualité dans la vie des êtres humains. En juin dernier, on apprenait que l’administration Trump abolissait la réglementation qui permettait une certaine protection de la santé des personnes trans. Le gouvernement hongrois a approuvé un projet de loi visant à empêcher aux personnes de changer leur mention de genre sur leurs papiers officiels. La Pologne a proposé d’interdire l’avortement et de criminaliser l’éducation sexuelle dans les écoles. Le Nouveau-Brunswick a continué d’avoir des problèmes d’accessibilité aux services d’interruption de grossesse. Il ne semble toujours pas y avoir un véritable plan d’action en rapport avec la réalité des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées, et il se pourrait même que la situation soit en train d’empirer. Au Québec, la pandémie de COVID-19 a occasionné un inquiétant recul en matière d’éducation à la sexualité en milieu scolaire. L’ONU a également révélé qu’en moyenne, 90 % de la population mondiale continuait d’entretenir des préjugés envers les personnes de genre féminin… Ces évènements, infiniment trop nombreux et regrettables, continuent de rappeler la valeur de la sexualité et les dommages de l’indifférence face aux enjeux qu’elle soulève.

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Références
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