La majorité des études sur la distribution des tâches dans les relations amoureuses existant dans la littérature sont centrées sur les couples monogames hétérosexuels. C'est pour cette raison que ce texte utilise les données provenant de couples formés d'une femme et d'un homme. Néanmoins, il est possible que les données de personnes ne correspondant pas à ces genres ou n'adhérant pas au type de relation correspondant à ce profil démontrent une facette différente de la réalité des ménages.
La distanciation physique qu’a engendrée la crise sanitaire actuelle, due à la propagation de la COVID-19 à l’échelle mondiale, bouleverse l’équilibre social des sphères publiques et privées. Depuis le début de la pandémie, plusieurs Canadien.ne.s se retrouvent donc sans emploi, ou bien travaillent dans des emplois à risque accru. D’autres, ayant la chance d’avoir pu conserver leur revenu en passant au télétravail, doivent parfois jongler entre vie familiale et carrière.
Malgré l’allégement des mesures gouvernementales dans les dernières semaines, il n’en reste pas moins que beaucoup de familles doivent s’adapter à une réalité bien différente de celle à laquelle elles étaient habituées avant la pandémie. La situation actuelle oblige depuis plusieurs mois de nombreuses familles à effectuer une transition de leur parentalité en situation de crise vers une nouvelle normalité, incluant : l’alourdissement des tâches familiales avec l’ajout de l’éducation à la maison, l'aggravation des iniquités organisationnelles dans le travail domestique dans de nombreux couples, et le présage d’un fossé d’inégalités économiques entre les genres dans les années à venir.
Un retour à la maison
Les fermetures d’écoles et de garderies ont entraîné des taux de stress élevés chez les parents dont l’accès à l’emploi dépendait des services de garde et d’éducation privés ou publics. Ils font donc depuis plusieurs mois face à un dilemme quant à leur vie personnelle et leur vie professionnelle (Lambrese, 2020). En effet, le stress des parents est causé par le besoin d’assurer l’éducation de leurs enfants et de s’en occuper en tout temps, en plus de devoir continuer de réaliser leurs tâches professionnelles dans un environnement qui n’est pas toujours adapté à celles-ci (Fraenkel, 2020).
De plus, la crise sanitaire et la nouvelle normalité peuvent causer une perte de repères et un sentiment d’épuisement affectant le comportement et l'humeur des parents (INSPQ, 2020). Selon les pédopsychiatres français Eric Acquaviva et Richard Delorme, les enfants seraient très réceptifs et réceptives au stress de leurs parents (Leduc, 2020). L’étude britannique Co-Space semble effectivement noter des changements dans le comportement émotionnel des mineur.e.s étudié.e.s, dus à la situation sanitaire, à leur environnement familial et à l’isolation sociale des derniers mois (Pearcey, 2020).
Dans ces circonstances, un nombre grandissant de Québécois.e.s ont notifié le ministère de l’Éducation de leur plan d’enseigner l’école à la maison à leurs enfants (Lauzon, 2020). Alors que les tâches familiales s’alourdissent, une question subsiste : qui aura la responsabilité de suivre l’éducation scolaire des enfants et d’effectuer le travail de soin dans les ménages? En apportant l’école à la maison, un choix en hausse de 39 % au ministère de l’Éducation (Lauzon, 2020), il semblerait que les femmes en prennent plus sur leurs épaules (Miller, 2020).
Un poids de plus
En effet, le fossé d’inégalité quant au travail de soin semble se creuser dans de nombreux pays au détriment des femmes (Patterson, 2020), en plus d’ajouter pour bien des foyers la charge de s’occuper des aîné.e.s dans leur entourage, dont les déplacements non essentiels ne sont pas recommandés depuis la mi-mars. Sachant que les femmes portent bien trop souvent la charge mentale des foyers dans les relations hétérosexuelles monogames (Dufresne, 2020), l’augmentation du temps passé à la maison des membres de la famille ne fait que creuser ce fossé.
Maintes études sociologiques existent dans la littérature pour démontrer les contradictions entre la perception que les hommes ont de leur implication dans les tâches du foyer et la réalité de l’ampleur de leur implication (Miller, 2020). Ces mêmes études montrent également que les femmes semblent avoir une meilleure idée de leur participation aux tâches ménagères et parentales, et ce, peu importe le taux d’implication (Yavorsky, 2015).
Pour ce qui en est des enfants, les femmes semblent en prendre plus sur elles pour les éduquer (Miller, 2020). Elles prennent plus à charge que leur partenaire masculin non seulement les tâches ménagères existant avant la pandémie, mais aussi les nouvelles tâches amenées par le confinement, les fermetures d’écoles et de garderies et la situation des aîné.e.s (Miller, 2020).
Conclusion
La transition à une nouvelle normalité ne semble malheureusement pas signifier une hausse de l’implication des hommes dans les familles. Sachant que les écarts de genre relatif au travail de soins et aux tâches familiales s’élargissent lors des périodes de vie critiques à l’accumulation de richesses, cela signifie que les hommes dont la charge n’a pas particulièrement changé peuvent continuer leur ascension sociale, pendant que les femmes doivent ralentir la leur pendant la crise sanitaire, n’ayant pas la chance de continuer d’accumuler des avoirs et de développer leur carrière professionnelle durant cette période (Patterson, 2019).
De plus, ce stress vécu par les adultes en réactivité à leur contexte actuel se transmet malheureusement chez les générations plus jeunes : des parents dépassés par la situation mondiale font pression, souvent sans s’en rendre compte, sur les membres de leur famille les plus vulnérables. Ces derniers et dernières se retrouvent confiné.e.s dans des milieux anxiogènes (Leduc, 2020).
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