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Bilan • Les crises ont un genre

28 avril 2021
Kelly Asselin-Tousignant
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Il y a maintenant plus d’un an que l’état d’urgence, à la fois sur le plan économique et sur le plan sanitaire, a été déclaré par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les conséquences de ces crises semblent avoir un impact disproportionné sur certains groupes de la population, particulièrement les groupes se trouvant déjà en situation de vulnérabilité sociale et économique. 

Les propos de la députée et cheffe du parti Libéral du Québec Dominique Anglade, qui a affirmé que « le gouvernement ne saisit pas réellement l’impact de la crise sur les femmes » (Richer, 2021), ainsi que les nombreux féminicides au Québec depuis le début de 2021, ont récemment ouvert les yeux du grand public concernant cette situation. Au cours des derniers mois, la publication de nombreux rapports et déclarations faisant état de la même réalité alarmante quant aux crises et à leurs contrecoups a aussi grandement contribué à la prise de conscience collective.

Pourquoi les femmes?
Selon les données disponibles jusqu’à présent, les femmes semblent les plus affectées par les crises actuelles, car elles subissent davantage les effets négatifs découlant des mesures prises au cours de la dernière année (IRIS, 2021). Les femmes sont disproportionnellement touchées puisqu’elles sont non seulement surreprésentées dans les emplois de première ligne, mais aussi parce qu’elles occupaient une proportion élevée des emplois dans les services à la clientèle avant la pandémie et ont donc subi un taux plus élevé de perte d’emploi (IRIS, 2021). 

Un rapport publié par l'Institut de recherche d’informations socioéconomiques (IRIS) rapporte plusieurs faits pour soutenir l’affirmation que les femmes québécoises ont été davantage affectées par la pandémie que les hommes. L’IRIS avertit également que les plans de relance actuels ne tiennent pas compte de cette iniquité déjà existante et risquent donc d’élargir le fossé entre les femmes et les hommes au pays (IRIS, 2021). 

La publication précise que plusieurs domaines ayant continué leurs activités malgré les mesures sanitaires ont une grande proportion de femmes dans leurs rangs et ont donc continué à fonctionner malgré le risque pour la santé de leur personnel. Les domaines ayant mis un plus grand nombre de femmes que d’hommes à risque incluent, entre autres, la santé et l’éducation (IRIS, 2021). Un rapport du Conseil du statut de la femme rapporte également que les emplois à haut risque et à faible rémunération sont davantage occupées par des femmes migrantes (Bissonnette, 2020), augmentant le taux d’infection et de précarité de ce groupe.

Les mesures de fermeture à répétition auxquelles ont été soumis les domaines tels que ceux de la restauration, des arts et de la culture, ont augmenté le taux de perte d’emploi et de chômage des femmes travaillant dans ces milieux (IRIS, 2021), les mettant plus à risque sur le plan de la pauvreté et de l’exclusion sociale (UN Women, 2021).

Quant aux domaines où le risque de perdre son emploi ou de contracter la COVID-19 est moindre, le taux de promotion des femmes a semblé chuter au cours de la dernière année. Ceci est possiblement dû aux facteurs économiques actuels, au détournement des ressources des soins de santé reproductive vers le traitement de la COVID-19, au travail de soin non rémunéré à la maison et à la hausse fulgurante des violences intimes en confinement, s’ajoutant aux facteurs de sexisme systémique déjà existants (UN Women, 2020, IRIS, 2021).

Pas toutes les femmes égales
Il est primordial de préciser que la crise n’est pas vécue de la même façon par toutes les femmes; les fossés se creusent en période de pandémie et de crise économique. Une déclaration de Marie-Claude Landry, présidente de la Commission canadienne des droits de la personne, et de Karen Jensen, commissaire fédérale à l’équité salariale, précise cette affirmation (Commission canadienne des droits de la personne, 2020) : 

« Les barrières sociales et économiques ont été multipliées pour les femmes racialisées, les femmes autochtones, les femmes migrantes, les femmes ayant un faible revenu, les mères monoparentales, les femmes de la communauté LGBTQ2I+ ainsi que celles en situation d’handicap [sic] ou ayant des problèmes de santé mentale. La situation actuelle représente donc pour ces femmes un plus grand risque de perte d’emploi, de pauvreté, d’insécurité alimentaire, de perte de son logement et de violence conjugale. »

Landry et Jensen recommendent donc que les reprises économique et sociale adoptent une approche féministe dans leurs efforts pour surmonter les crises en cours (Commission canadienne des droits de la personne, 2020). La réalité de l'élargissement des fossés entre tous les types de femmes et de filles doit être surmontée en évitant la réorientation vers d'autres buts des ressources médicales ou de soutien communautaire prévues pour ces femmes et ces filles (Plan International, 2020). 

Plan International recommande également d’intégrer une approche inclusive aux stratégies adoptées, afin d’assurer aussi la protection de l’enfance et de la diversité sexuelle et de genre dans les plans de reprise, puisque les filles et les femmes vivant dans des régions plus pauvres ou en période de conflit ou de désastres naturels sont plus à risque de souffrir des détournements de ressources vers le traitement de la COVID-19 (Plan International, 2020). 

Les personnes de la diversité sexuelle et de genre sont, quant à elles, plus à risque de manquer de soutien communautaire et familial pour les aider à traverser les crises (Plan International, 2020), en plus de déjà recevoir des services de santé moins bien adaptés à leurs besoins (Burgwal, 2019).

Une étude publiée dans le International Journal of Transgenderism, rapporte des disparités de qualité de soins entre les différents groupes de la diversité sexuelle et de genre, aggravant la faille entre les groupes, particulièrement pour les personnes non binaires, et ce, même avant la crise (Burgwal, 2019). Depuis le début de la crise, la souffrance résultant des inégalités quotidiennes auxquelles sont soumises les personnes trans a été exacerbée (Melin, 2021), appelant encore à des plans de relance plus adaptés à leurs besoins uniques.

Conclusion
L’étape primordiale pour réduire les disparités est la reconnaissance de celles-ci. De nombreuses sources faisant autorité dans leur domaine, dont la Commission canadienne des droits de la personne, UN Women, Plan International, l’Institut de recherche d’informations socioéconomiques et de nombreuses publications académiques reconnaissent les inégalités engendrées par les crises actuelles. Afin de lutter contre ces inégalités et de sortir ensemble de cette pandémie de COVID-19 bouleversante, les auteur.e.s de ces publications recommandent d’adopter une position prenant en compte la diversité de genre et l'intersection des identités dans les plans de relance.

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Références
femme, pandémie, économie, précarité, inégalité, minorité sexuelle, migrante, trans, non binaire

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