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Automne gâché et air salin

19 novembre 2018
Florence Des Hasards
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Les témoignages sont des textes produits par des personnes ne provenant pas obligatoirement des disciplines sexologiques ou connexes. Ces textes présentent des émotions, des perceptions et sont donc hautement subjectifs. Les opinions exprimées dans les témoignages n'engagent que leurs auteur.e.s et ne représentent en aucun cas les positions de l'organisme.  


*Mise en garde : le contenu de ce témoignage peut déclencher de la détresse chez certaines personnes. Des ressources sont présentées à la fin du texte*

Il était passé minuit lorsqu’il est rentré. À sa démarche et à ses yeux hagards, c’était facile de déduire que son niveau d’ébriété était avancé. Il s’est approché de moi et son souffle imbibé d’alcool me l’a confirmé.

Sans grands préliminaires, il m’a déshabillée et s’est planté au-dessus de moi, en moi. Il allait et venait au rythme de sa respiration haletante. Il appuyait presque toute sa lourdeur sur moi. Je respirais, de très près maintenant, l’odeur de bières et de cigarettes qui imprégnait la pilosité de son visage. Après un moment à peiner au-dessus de moi, il s’est redressé sur ses avant-bras et dans un second effort, s’est relevé pour saisir mes poignets. Immobile sur le divan-lit, j’ai senti qu’il resserrait sa prise de plus en plus.

« Tu me fais mal. »

Il était trop tard déjà pour espérer qu’il puisse m’entendre. Quelque chose dans son regard avait changé. Comme s’il était possédé par quelque chose de plus fort que lui. Son regard était fixé sur moi, mais il me transperçait, ne me voyais plus.

La peur a commencé à monter en moi. J’ai serré les jambes et tenté de le repousser puis j’ai réalisé, horrifiée, que plus je me débattais, plus il serrait fort mes poignets et plus il semblait excité. À force de me débattre, j’ai fini par libérer mon poignet droit. Avant que je puisse tenter une sortie, de sa main libre, il m’agrippa la gorge et me suffoqua. Sans serrer fermement, cette fois, il appuyait son poids sur mon œsophage.

J’étais terrifiée, je manquais d’air et je me suis dit à cet instant qu’il allait me tuer. Les larmes ont commencé à couler sur mes joues, silencieuses. C’est le moment où j’ai cessé de me débattre, où j’ai abdiqué. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait et ne réussissais alors qu’à me concentrer sur le mince filet d’air qui passait encore dans mes poumons. Avant que je perde conscience, il a retiré sa main de ma gorge. J’ai à peine eu le temps de reprendre mon souffle bruyamment qu’il m’enfonça ses doigts dans la bouche. Il appuyait sa paume sur ma joue trempée de larmes et écrasait mon visage dans l’oreiller.

Puis, soudainement, mon corps s’est mis à trembler violemment. Comme si mon corps se rebellait indépendamment de ma volonté contre les atrocités qu’on lui faisait subir. C’est à ce moment-là seulement qu’il est revenu à lui « Es-tu correcte? ». Il se retira enfin. Je l’ai repoussé et j’ai couru m’enfermer dans la salle de bain. Tremblante, je me suis fait couler un bain d’eau bouillante et j’y suis restée immergée durant des heures. En espérant que la sensation de brûlure arrête mes tremblements. Ça n’a pas fonctionné. Je ne suis sortie de l’eau devenue tiède qu’à deux reprises, pour vomir.

Je n’ai pas dormi cette nuit-là.

Les tremblements n’ont cessé que lorsque je l’ai entendu ronfler sur le divan-lit du salon. Au matin, je me suis levée avant lui pour vomir encore une fois et faire du thé. Il est venu s’asseoir devant moi et a fait mine de ne pas comprendre la gravité de ses actes. « Les filles aiment ça d’habitude. » Non criss. Les filles n’aiment pas ça se faire violer.

Il a tout dit, tout fait pour me faire sentir inadéquate, comme si c’était moi le problème, que c’était de ma faute, que ça venait de moi.

Il m’a fait comprendre que pour lui, mes limites ne méritaient pas d’être respectées.

 

Ressources disponibles
Ligne sans frais pour les victimes d'agression sexuelle
-Partout au Québec : 1 888 933-9007
-Région de Montréal : 514 933-9007
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Liste de ressources pour les victimes d’agressions sexuelles
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Regroupement québécois des C.A.L.A.C.S 
Victimes d’agressions sexuelles au masculin
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
Fédération des maisons d’hébergement pour femmes
Aimer sans violence 
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