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Nouvelle vision de la sexualité

19 septembre 2019
Maritza Jaillet
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Les témoignages sont des textes produits par des personnes ne provenant pas obligatoirement des disciplines sexologiques ou connexes. Ces textes présentent des émotions, des perceptions et sont donc hautement subjectifs. Les opinions exprimées dans les témoignages n'engagent que leurs auteur.e.s et ne représentent en aucun cas les positions de la revue.

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Je n’ai jamais voulu d’enfants.

D’aussi loin que je me souvienne et selon ce que mes parents m’ont raconté, je n’ai jamais mis un coussin sous mon T-shirt ou n’ai jamais promené une poupée. Je m’occupais tout de même bien de ma soeur dans sa poussette et j’appréciais y être assise, dorlotée par mes parents. Je jouais aussi bien aux Barbies, qu’aux LEGOs, qu’aux voitures puis, plus tard, aux jeux vidéo. Ceux-ci m’ont attiré les foudres de plusieurs personnes, membres de la gaming community ou non, comme quoi les jeux vidéo me détournaient de la maternité. Pour les joueurs et joueuses de jeux vidéos, ainsi que pour plusieurs membres de mon entourage, j’avais besoin d’être « reconditionnée » à la maternité, d’être incitée à fonder une famille. Quand j’affirmais n’avoir jamais voulu être enceinte, de n’avoir jamais rêvé à un être grandissant dans mon utérus, je recevais, au mieux, des rires, au pire, du mépris basculant dans les insultes.

Mes parents ont toujours su que je ne voulais pas d’enfants. Je le clamais haut et fort. Cependant, autant mes proches le savaient, autant j’avais peur de la réaction de mes petits amis.

***

Quand on est ado, il est parfois difficile de parler de sexualité. Cela n’a toutefois pas été le cas pour moi. Les discussions sur le sexe, la contraception, le plaisir, ont toujours été fluides et, pour ne prendre aucun risque (je ne prends pas la pilule à cause de divers problèmes, médicaux et autres), il n’y avait jamais de pénétration. J’avais, et j’ai toujours, une peur excessive de tomber enceinte. Cette sensation d’être piégée demeure insupportable. Mes petits amis de l’époque n’ont jamais eu de soucis avec le fait d’éviter toute pénétration. C’est grâce à cela que j’ai découvert une autre vision de la sexualité. Annoncer « je veux bien faire l’amour avec toi, mais sans pénétration » ne donnait pas lieu à de la frustration, mais plutôt aux expérimentations.

Ce qui était autrefois un prétexte pour ne pas tomber enceinte est devenu un mode de vie, une nouvelle sexualité.

Je suis de la génération qui a grandi avec l’Internet, les modems AOL, les premiers sites pornos qui, pour certain.e.s de mes ami.e.s restaient la référence en matière d’éducation à la sexualité. À cette époque, et encore plus à l’heure actuelle, il était plus rapide de regarder un film porno en streaming que d’interroger ses parents sur la sexualité. Quand j’étais au lycée, ceux et celles qui n’avaient jamais vu une seule vidéo pornographique restaient des « coincé.e.s ». Ceux et celles qui reproduisaient une scène, mieux encore, qui se filmaient, devenaient LA référence. Pourtant, malgré la pression, ni mon partenaire ni moi avions envie de reproduire ce que nous voyions sur les écrans. Mon compagnon actuel, avec qui je suis depuis huit ans, est sur la même longueur d’ondes. Il ne veut pas d’enfants et ne prenant pas lui-même un réel plaisir à la pénétration, il a totalement adhéré à ma vision de la sexualité. Au début de notre relation, il avait peur de mon jugement, lui qui ne prend du plaisir qu’avec une stimulation anale ou lorsque sa partenaire jouit. Il en était effrayé parce que ses ex petites amies lui disaient qu’il était anormal. Pour elles, comme pour la plupart des gens d’ailleurs, on ne peut avoir du plaisir que par pénétration vaginale, qui permet, qui plus est, de fonder une famille!

Pas de pénétration ne signifie pas pas de plaisir, au contraire. Je trouve que ça force davantage les partenaires à écouter leurs corps, à être attentifs et attentives, à développer un rapport à l’autre différent. Je suis une femme sans enfants (FSE) par choix personnel, écologique mais aussi sexuel. Faire l'amour comme nous le faisons, sans obligation de pénétration, nous offre une jouissance surprenante et intense.

Le seul problème reste encore (malheureusement) les ami.e.s. Ceux et celles qui, à l’âge de 30 ans ont un, deux ou trois gamin.e.s et qui vous poussent à « coucher pour se reproduire. » Pourtant, le sexe ne sert pas simplement à la reproduction. Pour moi, le plaisir occupe une place prépondérante, beaucoup plus que la procréation. Je pense que ceux et celles qui limitent la sexualité à une fonction purement procréatrice n’ont pas assez exploré leurs corps et je trouve ça dommage. Ce n’est pas ma vision de la sexualité ni celle de mon compagnon. On est heureux tous les deux. On se retrouve et peu importe l’endroit, une force se crée dès qu’on se rapproche l’un de l’autre. J’ai toujours un frisson qui parcourt mon épiderme quand son visage passe près du mien et je sens le bas de mon ventre réagir à ce plaisir. Pour lui, c’est pareil. Plusieurs facteurs expliquent là où nous en sommes aujourd’hui : mon absence de désir d'avoir des enfants, mon envie d'avoir une sexualité épanouie malgré les problèmes médicaux rendant la pénétration douloureuse, voire impossible, et également notre crainte de prendre le risque de briser ce que nous avons avec l'arrivée d'un enfant non désiré.

Je pourrais avoir « physiologiquement parlant » un enfant. Le gynéco me le répète (trop souvent) : « vous avez un bon utérus pour concevoir ». Et mon choix dans tout ça? Je n’ai pas encore franchi le pas de me faire couper les trompes, la chirurgie. Je n’ose pas et je n’oserai sûrement jamais le faire. Mais peut-être que si je décidais de passer sous le bistouri, là, au moins, les amis de mon conjoint me ficheraient la paix. J’en ai assez d’entendre des « tu verras quand t’auras 30 ans, tu vas regretter de ne pas avoir fait d’enfants durant la vingtaine », « tu verras dans quelques années, tu vas être nostalgique… », « un enfant, c’est merveilleux, ça t’apporte plein de choses ». Ils oublient que mon compagnon aussi m’apporte son lot de bonheur.

Je suis comblée par mon amoureux, par notre relation égalitaire et respectueuse, par ma vie (à l’exception de ma vie professionnelle, mais ça viendra!) et je pense que le seul frein à mon épanouissement aujourd’hui se situe dans mon cercle amical (et celui de mon compagnon). J’aimerais bien que les gens comprennent : arrêtez de voir les FSE comme des frigides, comme des femmes qui ont peur de la pénétration, du sexe masculin, qui sont immatures, des gamines…

La finalité d’une femme n’est pas d’être mère. C’est d’être une femme, point. Et j’ai décidé de ne pas être mère. Personne ne m’a forcé à être une FSE. C’est mon choix. Et j’aimerais que personne ne le remette en question.

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D'autres témoignages sont disponibles dans le dossier « Childfree : entre liberté et stigmatisation ». N'hésitez pas à consulter le dossier en entier pour en connaitre plus sur cette réalité.

Consulter le dossier « Childfree : entre liberté et stigmatisation »
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