Image originale par Lauriane Rioux

Bilan • Vivre sa sexualité au temps du coronavirus

16 juin 2020
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À l’annonce des mesures de confinement en raison de la pandémie de la COVID-19, chaque personne a été contrainte à réinventer son quotidien. Dans une société de performance et de productivité comme la nôtre, nous avons l’habitude de vivre dans une certaine urgence d’agir. Ainsi, il peut être déstabilisant d’être enfermé.e chez soi (avec soi). Peu importe la situation personnelle, le climat actuel bouleverse vraisemblablement les habitudes de la vie sociale; les évènements sont annulés et les rassemblements sont restreints. Dans un monde où il faut se tenir à au moins deux mètres les un.e.s des autres, les contacts amicaux, familiaux et amoureux n’ont jamais été autant réprimés socialement. Toutefois, la distanciation sociale ne masque pas les désirs, les fantasmes et les besoins, bien au contraire. Cela dit, cette pandémie aura mené à l’obligation de modifier les limites et les modalités de la sexualité et de la séduction.

Quels impacts sur le couple : dans le futur, faut-il s’attendre à un baby-boom ou à une explosion des séparations?
Il faudra faire preuve de patience avant de pouvoir établir un portrait plus réaliste des conséquences de la pandémie sur le couple. En effet, les spécialistes en sexologie n’ont pas de réponse type puisque la réaction face à l’instabilité et à la menace varie pour chaque personne. Évidemment, la crise actuelle rend certains individus plus vulnérables aux effets négatifs du stress, ce qui pourrait être à la base de difficultés et d’insatisfaction au sein du couple. Des tensions pourraient émerger ou être amplifiées par le fait d’être ensemble à temps plein, parfois dans un endroit restreint. Certains couples pourraient expérimenter une participation inégale aux activités de la vie domestique, d’autres pourraient souffrir d’un manque d’intimité, surtout lorsque les enfants sont contraint.e.s de rester à la maison. Bref, la pandémie alimente un sentiment d’impuissance et un état d’anxiété à grande échelle. Pour cette raison, il est important de normaliser la possible diminution du désir sexuel, une réponse répandue face au stress. D’ailleurs, depuis le début du confinement, on aurait observé une augmentation des symptômes en lien avec les troubles sexuels.

Bien que certaines personnes vivent une diminution de leur désir sexuel, pour d’autres, le confinement a eu l’effet contraire. L’isolement physique et l’absence de contacts sociaux laisseraient place au ressourcement et permettraient de se recentrer sur soi et d’explorer sa sexualité. La diminution du rythme de vie permet d’avoir plus de temps pour alimenter ses désirs et concrétiser ses fantasmes. L’absence de divertissements et de contacts sociaux peut alimenter les envies et permettre un plus vaste investissement à l’autre. De plus, le plaisir sexuel apparaît parfois comme une technique de gestion des émotions négatives. En temps de crise, il est aussi normal d’observer une augmentation des rapports sexuels au sein du couple. 

Cela dit, il n’y a aucune bonne manière de réagir face à une situation de crise. Peu importe la place que prend la libido, les spécialistes en sexologie recommandent de profiter du temps qui s’offre à nous pour s’ouvrir émotionnellement à l’autre (Sigouin, 2020), la sexualité pouvant être vécue autrement que par les contacts physiques et génitaux. De plus, l’ouverture authentique peut renforcer les liens affectifs et faire évoluer positivement la relation intime, voire même augmenter la satisfaction sexuelle à long terme. Selon le sexologue Patrice Bécotte, l’isolement forcé représente une opportunité en or de nous questionner sur notre rapport à la sexualité, sur nos besoins et nos envies afin d’éprouver plus de satisfaction dans nos relations futures.  

L’être social en temps de monogamie forcée
Pour les personnes vivant seules, les enjeux sont différents puisque le gouvernement suggère (et même impose) de restreindre les activités sociales. Pendant un temps, toute vie intime et sexuelle à deux (ou plus) était compromise par l'absence d'acceptation sociale. Ces nouveaux interdits peuvent être vécus difficilement par les individus plus actifs sur le plan sexuel ou les personnes polyamoureuses. Au début du confinement, pour ne pas être séparées de leur douce moitié, certaines personnes ont choisi d’opter pour un emménagement précipité. D’autres ont fait le choix d’un.e partenaire sexuel.le pour le temps du confinement. Bien sûr, les plus téméraires ont décidé d’aller à l’encontre des recommandations afin de ne pas chambouler leurs habitudes de vie.

Sans l’ombre d’un doute, les mesures de confinement exposent les personnes vivant seules à un sentiment d’isolement. L’épanouissement social et sexuel étant un aspect primordial du bien-être psychologique et physique, il faut savoir faire preuve de créativité. Par exemple, plusieurs se tournent vers les réseaux sociaux pour vivre un différent type d’intimité à travers les sextos, les échanges de photos intimes ou les rendez-vous en ligne. Au temps du coronavirus, il faut miser sur la communication, la transparence et l’évaluation des risques de chaque partenaire pour garder une vie sexuelle saine, sécuritaire et stimulante (Bécotte, 2020). Sinon, il faut se concentrer sur notre partenaire plus sûr.e, nous-même. Charmant hasard, le plaisir solitaire était à l’honneur en mai, le mois international de la masturbation.  

Vivre sa sexualité autrement
Face à l’isolement social, il va de soi que plusieurs cherchent des sources de divertissement. Nombreuses sont les personnes qui se tournent vers la technologie et ses nombreux outils qui permettent à la fois un accomplissement sexuel et social. Malgré la distanciation sociale, il est possible de jouir d’une connexion à l’autre, en plus d’accéder à du contenu varié et quasi infini. Visiblement, cette accessibilité a grandement été exploitée en temps de pandémie afin de satisfaire nos besoins sexuels et de conserver nos habitudes de séduction.

Après le début du confinement au Canada en mars, le trafic sur les sites de pornographie aurait augmenté de 21 %, tous genres confondus. Fidèles à leur habitude, les producteurs de contenu pornographique ont réagi à l’actualité en exploitant les enjeux de la crise sanitaire. Outre cela, plusieurs personnes œuvrant au sein de l’industrie du sexe ont redirigé leur pratique sur les sites de webcam. Enfin, un peu partout à travers le monde, les gens se sont tournés vers les jouets sexuels, les articles reliés au fétichisme, les applications de rencontres, la littérature érotique, etc. 

La pandémie change également notre manière d'interagir sur les sites de rencontres. Il semblerait que les recommandations de distanciation encouragent les individus à entretenir des conversations plus longues et davantage profondes avant de planifier une rencontre. Ces nouvelles habitudes de séduction en ligne pourraient favoriser le développement d’une connexion émotionnelle plus vraie et étroite entre les individus.

Comme toute chose, il ne faut pas banaliser les dangers et les limites de l’internet. Depuis le début de la pandémie, les services de police nous mettent en garde contre la cyberprédation. Bien que les enfants et les adolescent.e.s soient plus à risque face à ce genre d’infraction, tout le monde se doit d’être vigilant concernant les enjeux de confidentialité et d’exploitation en ligne. C’est pourquoi les échanges intimes peuvent être plus sécuritaires auprès d’une personne de confiance.

Sans doute, la distanciation sociale a favorisé une présence plus active de la technologie pour la sexualité et la séduction. Toutefois, cette réalité pourrait exister à long terme puisque l’évolution des outils technologiques semble prometteuse et indispensable à notre épanouissement (Dockterman, 2020). Finalement, il est intéressant de nous questionner sur le potentiel effet facilitateur de la pandémie sur l’acceptation et l’évolution des nouvelles technologies, telles que la réalité virtuelle ou les robots sexuels, comme acteurs quotidiens au sein de notre vie sexuelle.

À l’aube du déconfinement, il semble juste de nous questionner sur les conséquences de l’isolement physique dans nos vies sexuelles et intimes. L’onde de choc engendrée par la crise a le pouvoir de modifier nos habitudes futures et quelques codes sociaux. Bref, il faudra rester à l’affût des contrecoups de la crise dans le domaine sexologique. 

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Références
sexualité, COVID-19, confinement, monogamie, technologie, couple, désir, bien-être, vie sociale, instabilité, jouet sexuel, application de rencontre, distanciation sociale, cybercriminalité

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