Attention, ce texte présente des divulgâcheurs sur la saison 1 de Heated Rivalry.
Ça prend moins de 15 minutes avant d’explicitement voir des fesses et moins de 20 minutes avant la première scène de sexualité. On sait dans quoi on s’embarque très rapidement. Mais, la différence notable entre Heated Rivalry et la majorité des films et séries télé, c'est la présence de consentement clair, libre et éclairé.
Heated Rivalry est une minisérie télévisée canadienne dans laquelle deux joueurs de hockey naviguent entre leur rivalité sur la glace et leur attirance mutuelle. Produite par Jacob Tierney, la série se base sur les livres Game Changers de Rachel Reid.
Shane Hollander et Ilya Rozanov se rencontrent en 2008 lors de championnats mondiaux juniors. Ils se font ensuite repêcher par des équipes adversaires (Montréal et Boston respectivement) et développent rapidement une attirance sexuelle.
Les scènes de sexualité dans Heated Rivalry sont nombreuses et, surtout, contribuent à l’histoire. On apprend à mieux connaître Shane et Ilya à travers celles-ci. Leur particularité la plus notable est probablement que le consentement y est magnifiquement représenté. Il y a des moments très évidents comme lors de leur première relation anale où Ilya demande à plusieurs reprises à Shane si tout va bien pour lui (« You still want? », « Is okay? », « Still okay? »). Il est doux, tendre et s’assure d’écouter la réponse. Ce n’est pas forcé, on sent le care.
« Now the bed’s all dirty »
Dans la lutte contre les violences sexuelles, il y a eu plusieurs itérations d’un message plus ou moins similaire : « Non, c’est non », « Oui, c’est oui », « Sans oui, c’est non ». Nous avons aussi eu droit au « Consent it sexy » suivi du « Consent is mandatory ». Ces slogans ont tous l’objectif de nous faire réaliser que le consentement doit être explicite. Ces messages ont eu un effet controversé et ont engendré des réactions telles que : « Ce n’est pas naturel » ou « Ça tue le moment ». Plusieurs personnes semblent endosser l'idée selon laquelle demander le consentement de façon explicite serait trop mécanique. Bien que ce ne soit pas vrai, nous avons très peu d’exemples de ce que à quoi peut concrètement avoir l’air le consentement.
Voici quelques exemples, de la saison 1 de Heated Rivalry, qui démontrent, qu’au contraire, le consentement peut être naturel, et même subtil, à condition d’être réellement à l'écoute de son ou sa partenaire :
1. Premier baiser entre Shane et Ilya
Ilya s’approche tranquillement de Shane. Il l’embrasse puis se recule, afin de lui laisser le temps de réagir. Puisque Shane a l’air de vouloir continuer, il l’embrasse à nouveau. À noter qu’Ilya ne touche pas Shane dans cette scène avant que Shane dépose sa main sur le bras d’Ilya. Shane est clairement plus nerveux et Ilya ne veut pas le brusquer.
2. Première interaction sexuelle
Lors de leur première fois ensemble, Ilya demande à Shane ce qu’il veut faire. Ils sont nus, couchés sur le lit. Shane lui répond qu’il ne sait pas. Ilya se tourne vers lui, prend son pénis dans sa main pour le masturber et lui demande immédiatement : « Is this OK? »
3. Première relation anale
Ilya a explicitement demandé à Shane s’ils pouvaient avoir une relation anale à l’automne si son équipe gagne la ronde des séries éliminatoires en cours. Lorsqu’ils se rencontrent chez Shane, il lui demande à nouveau si cela fonctionne toujours (« You still want? »). Lorsqu’il a une confirmation de la part de Shane, il prend son temps et valide avec lui fréquemment si tout est beau et s’il veut continuer. Il s’assure que Shane a du plaisir.
4. Fellation au chalet
Après presque 10 ans à avoir des relations sexuelles en cachette, Shane et Ilya sont dans un chalet pendant deux semaines et peuvent, finalement, prendre le temps de jouer.
Shane reçoit un appel téléphonique, et Ilya initie un moment sexuel. Il caresse la cuisse de Shane, il lève sa main au niveau des yeux de Shane et la descend tranquillement vers son entrejambe et le regarde dans les yeux tout le long. Quand Shane met l’appel sur silencieux, ils se mettent au défi : si Shane n’a pas d’érection, Ilya ne le touchera pas, mais si Shane a une érection, c’est game on…Shane retient un sourire, reprend son appel et se hisse sur le dossier du divan donnant ainsi accès à Ilya à son entrejambe. Le consentement est ici non-verbal. Bien que Shane ait dit « non » et qu’il a même repoussé la main d’Ilya, il veut jouer à ce jeu. Notamment parce que Shane aime dire « non » et Ilya le sait. Comme, par exemple, au début de l’épisode 5, quand Ilya écrit à Shane pour l’inviter chez lui et que Shane lui répond que non, ils ne peuvent pas se rencontrer en après-midi, quelques heures avant un match, mais qu’il s’habille pour aller le rejoindre en même temps.
Pour revenir à la fellation pendant l’appel téléphonique, non seulement Shane se positionne pour donner libre accès à Ilya, mais Ilya prend aussi le temps de valider son consentement en pointant son érection et en lui faisant un pouce en l’air avant de passer à l’action. Shane participe et l’encourage en lui caressant le dos. Une fois que c’est terminé, Shane dit que c’était « fucking hot » ne laissant aucun doute sur le fait qu’il ait aimé ça.
5. Scott Hunter et Kip Grady
Dans l'épisode 3, nous suivons Scott Hunter, capitaine de l’équipe de New York, et Kip Grady, barista local qui prépare des smoothies à Scott. Leurs scènes sexuelles sont tout autant empreintes de consentement. Parfois par de simples échanges : « Yeah? » « Yeah. » parfois en étant très explicite : « Can I fuck you? ».
« Get on your knees »
La série réussit aussi à dépeindre des concepts plus généraux tels que recevoir un non, ou encore, le consentement dans des dynamiques de pouvoir. Shane aime se faire dire quoi faire dans un contexte sexuel. Lors de ses interactions avec Ilya, c’est aussi une façon pour ce dernier de vérifier que tout va bien. Selon les réactions de Shane, Ilya juge aisément s’il doit continuer ou modifier son approche. Lorsque Shane est espiègle (« no, you come here »), Ilya va de l’avant; lorsque Shane est inconfortable (« There are a lot of windows. » ou « You suck my dick »), Ilya arrête. Bref, bien qu’Ilya ait une posture dominante dans toutes leurs interactions sexuelles, il s'assure toujours que Shane soit à l’aise et désire continuer.
Par exemple, après la présentation d’un trophée, Shane va se cacher dans une salle de bain publique pour se réguler après une première interaction avec Ilya en six mois. Ilya vient le rejoindre. Shane, au bout du rouleau, lui demande ce qu’il veut. Quand Ilya lui demande de le sucer, il lui dit non et rétorque à Ilya de plutôt le sucer lui. Ilya lui répond que non, il ne va pas faire ça, mais que, plutôt, ils vont aller se rejoindre, en fin de soirée, dans la chambre d’Ilya. Tous les deux acceptent les non respectifs sans argumenter ou rechigner.
Également, la première fois qu’Ilya veut initier une relation anale, il accepte le « non » de Shane sans en faire de cas. Cette séquence démontre aussi à quel point Ilya est attentif aux indices physiques de Shane. Au début de l’interaction, Ilya dit à Shane de se mettre à genoux et ce dernier obéit immédiatement. Ilya le remarque (il trouve ça hot). On peut probablement supposer qu’Ilya se fait une note mentale : Shane aime se faire dire quoi faire. Plus tard, Ilya demande à Shane de se tourner sur le ventre. Il le fait mais de façon beaucoup moins assurée, plus lentement. Il a même l’air inconfortable. Ilya s’en rend compte immédiatement et se met à faire des blagues pour détendre l’atmosphère. Il pose des questions à Shane, est à l’écoute, et lui dit qu’ils vont se reprendre, c’est tout.
« I kinda prefer being the hole »
Ces différentes représentations du consentement sont importantes, d’abord, tout simplement parce qu’elles montrent l’exemple. Le consentement étant souvent mis de côté car il briserait le rythme (notamment dans la pornographie) ou qu’il nous sortirait du moment présent/de la passion entre les personnages d'une romance. Ce que Heated Rivalry réussit à faire, c’est de démontrer que le consentement fait partie intégrante des échanges et du quotidien. Le consentement est une forme de care et de respect entre les personnages.
Nous avons besoin de ces exemples, car nous en manquons cruellement. L’éducation à la sexualité est encore trop souvent ancrée dans la peur (ne pas avoir d’ITSS, ne pas tomber enceinte, etc.) et trop peu souvent la question du plaisir est abordée. Le consentement fait maintenant partie du cursus scolaire au Québec, mais on oublie de dire comment cela doit se passer et de quoi ça doit avoir l’air concrètement. On parle de l’importance du consentement, mais pas de comment le donner et le recevoir. Ni d’apprendre à promulguer ou recevoir un « non », un élément essentiel au consentement.
Spécifiquement, les scènes de relation sexuelle dépeignent que le consentement peut et doit se faire tout au long d’une relation sexuelle, c’est-à-dire qu’à aucun moment le consentement n’est implicite parce qu’une personne est dans la chambre d’hôtel d’une autre ou parce que la relation dure depuis plusieurs années. Puis, surtout, ces scènes réussissent à démontrer avec brio que le consentement ne brise ni le rythme ni la passion. Le consentement est toujours présent.
Heated Rivalry est disponible sur Crave.