Les 3 sex* / Benjamin Turcotte • Modèle ― Charlie Boudreau

#Dévoile ton poil pour #maipoils

31 mai 2019
Eden Fournier et Benjamin Turcotte
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Pendant tout le mois de mai, Les 3 sex* a publié une photo par jour accompagnée d'un court témoignage et des mots-clics #DévoileTonPoil et #MaiPoils sur son compte Instagram afin de célébrer la pilosité assumée de femmes et de personnes non binaires.

Les 3 sex* remercie les volontaires pour leur participation dans la lutte pour la santé sexuelle.

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Princesse

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J'ai toujours été entourée de femmes poiluses. En transitionant1 je me serais sentie tellement moins femme de faire un geste qui me séparait de beaucoup de mes amies, si surprenant que ça puisse être de l'extérieur, j'aime mon poil parce que pour moi il est vraiment féminin.

Mais ça a aussi un coût beaucoup plus grand que si j'étais AFAB2. Dans la rue on ne se gêne pas pour exprimer à haute voix, me crier que mon poil est dégoûtant. La transmisogynie, c'est nourrir les mêmes pensées haineuses qu'envers les autres femmes, mais passer à l'acte en se disant que c'est plus acceptable parce que je ne serais pas vraiment femme. Dans des milieux féministes ou lesbiens qui acceptent du bout des lèvres les femmes trans, c'est un prétexte pour remettre ma présence en question. J'ai envie de leur demander depuis quand le rasage est devenu le critère pour être une lesbienne féministe.

Personne n'a le devoir de prendre tout ce poids sur ses épaules. L'important c'est de travailler toutes ensemble contre la contrainte à l'épilation et le dégoût des poils, peu importe ce qu'on fait individuellement de notre corps. En tant que femme trans, je trouve que la recherche du passing3 est une aventure aussi fabuleuse que celle d'assumer radicalement sa pilosité. J'aimerais pouvoir faire les deux en même temps. Je me console en voyant qu'on explore tout ça ensemble dans notre diversité.

transition: changements corporels ou sociaux qu'une personne trans entreprend pour affirmer son identité de genre.
2 AFAB (assigned female at birth) : assigné.e femme à la naissance.
3 le fait, pour une personne trans d'être lue comme appartenant à son identité de genre ou de ne pas être lue comme trans.

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Charlie

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Ma perception de mes poils a été très longtemps teintée d'une connotation négative appliquée de manière inconsciente. Ma famille, mes ami.e.s et mes partenaires véhiculaient cette idée que les poils c'est laid, ça sert à rien et que c'est normal qu'une femme n'en ait pas. Le rasage et l'épilation sont devenus des rituels vénérés pour être acceptée en société. Heureusement, depuis près d'un an, j'ai rencontré une personne incroyable qui m'a aidé à déconstruire toutes mes idées reçues sur ma pilosité et sur mon corps en général. J'ai réappris à aimer mon corps et à briser les conventions.

Je dirais à toutes les personnes qui subissent une pression de commencer par se poser des questions sur ce qui ne va pas pour prendre conscience de l'absurdité de l'oppression faite aux femmes et aux personnes non binaires (et ce ne sont que des exemples de groupes ciblés). Je dirais aussi à ces personnes de trouver des groupes, des mouvements et des communautés virtuelles ou réelles qui véhiculent les mêmes valeurs et qui se battent pour les mêmes causes. C'est épuisant à la longue d'être à contre-courant, mais en groupe, la pression est moins lourde et l'on peut enfin voir d'autres personnes comme nous qui sont représentées de manière positive!

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Catherine

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Comme pour beaucoup de personnes, j'ai grandi en pensant que se raser ou s'épiler n'était pas un choix, mais plutôt la chose normale que les femmes adultes font. À cette époque, j'aurais été bien gênée d'indisposer des gens en les exposant à des poils qu'ils ne sauraient voir! Puis, je me suis distanciée de cette idée au début de la vingtaine, en voyant des femmes qui gardaient leurs poils et qui semblaient bien dans leur corps, en voyant des gens s'en foutre et d'autres trouver ça beau, bref, en découvrant que le poil apparent était peut-être une option finalement. À ceci s'est ajouté un heureux mélange de paresse, d'esthétisme et de révolte, faisant en sorte que je choisisse de garder mes poils. Enfin, j'ai le privilège que ma pilosité se soit avérée assez facile à porter: on m'en parle rarement et, si on m'en parle, c'est généralement avec enthousiasme.

Le poil fait partie de tout le monde, ce n'est pas une manifestation de la masculinité, ni une marque d'indésirabilité, ni un défaut. Je crois que plus on a l'occasion de voir la pilosité assumée des femmes et des personnes non binaires, plus cette idée peut prendre du sens et faire du chemin dans nos esprits.

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Maddie

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When I was younger I always waxed and shaved because I thought it was necessary. I went to an all girls school so grooming was of the utmost importance. When I got older however, I realised I felt more comfortable and sexy with pubic hair.

I would say do what ever makes you the most comfortable! I found lots of alternative media that promoted pubic hair as natural and beautiful and that really helped. Mainstream media isn’t an accurate representation of anything really so seek out media that represents you.

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Alex

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Je perçois d'abord mes poils comme un symbole d'égalité entre les sexes. Il y a tellement de doubles standards auxquels j'accepte (à reculons) de me conformer (ex: couvrir mon torse en été); je refuse désormais de me conformer à celui-là. C'est aussi un travail personnel d'accepter son corps comme il est. Je ne trouve pas que mes poils sont beaux, mais j'apprends à les accepter comme ils sont. Et j'apprécie particulièrement la sensation du vent dans mes poils de jambes, et je ne voudrais plus me priver de cela.

Dès que j'ai eu des poils, autour de 11-12 ans, c'était quelque chose de honteux. J'ai grandi avec l'idée que les poils sont répugnants et qu'on doit systématiquement les enlever. Et je n'avais aucune raison de remettre cela en question, faute d'alternative. Tout cela était constamment renforcé dans divers contextes sociaux, principalement en relation avec des hommes. (J'ai été body shamé par des femmes aussi, mais beaucoup plus par des hommes, et ce, avec zéro subtilité). Ce n'est qu'il y a environ 2-3 ans que j'ai décidé de me libérer (littéralement) de l'emprise que je laissais les gens avoir sur mon agentivité corporelle; sur mon désir ou non de laisser mes poils être. J'ai flanché à quelques reprises, et je continue d'avoir certaines insécurités, surtout avec l'approche de l'été. Par contre, dans la balance, je préfère accepter ces insécurités, que de retourner au rasage.

Je pense qu'il est important de créer de nouveaux standards afin de renverser la norme actuelle. Je sais que c'est un peu intense de ce que je vais dire, mais un corps sans poils, c'est un corps d'enfant...ou à la limite, un corps de Barbie. J'utilise parfois cette image-là pour remettre en question les gens qui me 'shament' pour mes poils. Si ce sont là nos standards actuels de beauté (ou de féminité), il y a de quoi se questionner.

Je dirais surtout ''Tu as le doit d'exister dans l'espace public comme dans l'espace privé et intime selon tes propres standards, tes propres envies, et ce, sans te faire remettre en question ou déprécier''

J'emprunte les mots de mon amie Sarah, qui m'inspire à plein de niveaux dans la vie et qui a une magnifique pilosité ''Sois ta propre autorité''. C'est une devise à appliquer dans toutes les sphères du quotidien.

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Roxanne

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Je dirais qu’actuellement, je les trouve beaux et pratiques, mais ça n'a pas toujours été le cas. Au début de ma démarche, j'avais plus de difficulté à trouver ça beau, mais j'étais en paix avec ça, je me disais que je m'en fous que ça soit beau ou pas, que l'important pour moi est d'arrêter de souffrir par rapport à ma pilosité. J'ai adopté l'attitude du « fake it until you make it », genre « convaincs toi que c'est beau même si tu y crois pas trop » et finalement ça a vraiment fonctionné! Ça a l'air bizarre, mais vraiment, je le conseille !

Je pourrais résumer mon changement de perspective comme ça : avant, mon poil était l'ennemi à combattre (mon corps au complet était l'ennemi à combattre, je pense) alors que maintenant, je considère qu'ils sont mes alliés dans le combat, et non plus l'ennemi.

C'est correct de se protéger aussi. Le parcours a pas toujours été parfait, et je mens si je dis que ça a été facile, mais ça en vaut tellement la peine. It gets better. Au début c'est difficile, mais ça finit par ne plus prendre autant de place. Mais surtout, surtout, allez-y à votre rythme, c'est correct de mettre des pantalons pour aller au travail parce qu'on a pas la force de confronter les regards aujourd'hui...

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Julz

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Témoignages Julz
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Kim

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J'ai un amour-haine envers mon poil, et ce, encore aujourd'hui. Autant le poil chez mes partenaires ne m'a jamais dérangé ou très peu, autant le mien c'est une autre histoire. Étant une femme trans, j'ai longtemps identifié mon poil comme étant un aspect masculin. C'est toujours le cas aujourd'hui, mais c'est moins intense qu'avant. Je revendique de plus en plus mon identité queer en tant que femme trans lesbienne et le poil peut servir à l'afficher. Par contre, c'est plus dur pour moi, sans compter que le laser a été quand même assez efficace au niveau des jambes. Ce qui n'a pas été le cas pour mes aisselles ni mes bras. Aujourd'hui, ce sont deux parties que je ne rase plus et je n'ai plus honte de les montrer. Parfois, je teins mon poil d'aisselle, je suis fière de le montrer. Mon pubis, je ne le rase pas pour deux raisons principalement. La première, je fais des poils incarnés facilement et la deuxième, ils aident à cacher mes cicatrices de mon opération. C'est une zone où je vais toujours garder du poil, et ce même si une partenaire me demande de la raser. Il a une fonction de protection et j'aime bien ça. Cela dit, il y a des zones où j'ai encore beaucoup de problèmes parce qu'ils sont plus associés au masculin comme les fesses et surtout le visage. Au niveau du visage, j'ai eu beaucoup de dysphorie par rapport à ce poil et encore aujourd'hui. Le peu qu'il me reste est toujours de trop et je ne vais jamais l'aimer. C'est tout l'enjeu de passing qui est aussi derrière la pilosité faciale et du même coup ma sécurité.

Ce n'est pas facile aimer son poil, surtout lorsque la société dit que c'est laid et sale. Je crois que pour certaines femmes trans cela peut être une chose très difficile à apprécier parce que souvent le poil est associé à la masculinité. Je ne suis pas la meilleure personne pour dire aux gens d'apprécier son poil sous ses formes, mais je peux dire que c'est possible de l'aimer un peu plus. Je ne dirai pas qu'il faut l'aimer dans son entièreté, je crois que tout le monde peut l'apprécié à des degrés différents et c'est tout à fait correct. Si une personne hésite, je lui dirais tout d'abord analyser ses motifs à le cacher. Quelles sont les vraies raisons et sont-ils vraiment des valables pour la personne? Déconstruire le concept à le cacher peut aider à son dévoilement. De plus, il n'a aucune obligation à tout dévoiler, cela peut commencer doucement avec une partie plus facile au début comme les bras et une autre peut être dévoilée une fois qu'on se sent plus confortable. Il est aussi toujours possible de retourner en arrière. Ce qui est important à retenir, c'est qu'il ne faut pas se mettre de pression, mais c'est aussi valable pour ce qui est de le cacher. Tout est une question de confort à toi de voir où est ta zone.

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