Ce bilan d’actualité a été réalisé dans le cadre de la campagne Pouvoir choisir, une collaboration d’OXFAM Québec avec Les 3 sex*.
Depuis quand enseignons-nous l’éducation à la sexualité à l’école?
En 1985 au Québec, l’éducation à la sexualité devient officiellement accessible dans toutes les écoles. Elle est enseignée tant au primaire qu'au secondaire, à travers le cours Formation personnelle et sociale (FPS). En 2018, le gouvernement du Québec a précisé et renforcé les interventions en termes d’éducation à la sexualité du préscolaire au secondaire, rendant à nouveau cette responsabilité obligatoire dans les écoles. Les élèves avaient de 5 à 15 heures d’éducation sexuelle par an (Armand-Sicari, 2024). Selon le gouvernement du Québec, l’éducation à la sexualité permet de :
- Apprendre à se connaître et mieux comprendre son corps;
- Établir des relations affectives respectueuses pour soi et avec les autres;
- Développer l’esprit critique, le jugement et le sens des responsabilités en réfléchissant à des enjeux spécifiques;
- Développer des attitudes, habiletés et connaissances qui serviront toute la vie
L’éducation à la sexualité permettrait aussi « d’être moins vulnérable aux problématiques » comme les ITSS, la discrimination basée sur le genre ou la diversité sexuelle, les violences domestiques et sexuelles ainsi que les grossesses non planifiées (Gouvernement du Québec, 2024).
Le nouveau cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) porte aujourd’hui une grande part de la responsabilité de l’éducation à la sexualité. Les contenus présentés tout au long du parcours scolaire ciblent les besoins des élèves en fonction de leur âge et « dans le respect de leur développement ». La liste exhaustive des sujets abordés au préscolaire et primaire et au secondaire est disponible en ligne, sinon ce tableau synthèse résume bien les contenus obligatoires (Gouvernement du Québec, 2024).
Programme de culture et citoyenneté québécoise (CCQ)
Depuis 2008, les élèves du primaire et du secondaire recevaient un cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) et très peu d’éducation à la sexualité. Depuis la rentrée scolaire de septembre 2024, ce cours a été remplacé par un cours de Culture et citoyenneté québécoise (CCQ). Il sera maintenant obligatoirement enseigné du primaire jusqu’au cinquième secondaire, sauf exception de la troisième année du secondaire. Le cours de CCQ abordera l’éthique, la réflexion critique, les réalités autochtones, les médias, l'environnement et la sexualité. L’éducation à la sexualité sera donc réintégrée dans un cours spécifique plutôt que simplement transmise par du contenu pédagogique libre. Le cours de CCQ est maintenant le principal véhicule d'éducation à la sexualité à l’école; mais dans les faits, la responsabilité est partagée au sein du personnel scolaire et en collaboration avec des partenaires externes. L'objectif est d'offrir une éducation à la sexualité positive et inclusive, en plus d’acquérir et développer des connaissances, attitudes et comportements respectueux et égalitaires (Gouvernement du Québec, 2024; Les As de l’info, 2024).
Qu’en dit l’actualité?
Le cours de CCQ est vu comme un fourre-tout où l’on couvre du contenu qui n’avait pas sa place ailleurs (Bellerose, 2024). On dit aussi qu’il ratisse trop large pour un laps de temps très limité (Dostie-Toupin, 2024). Simon Bucci-Wheaton, enseignant du primaire et auteur, ne comprend pas ce qui lie tous les éléments du cours. Au lieu de mettre autant d’accent sur la culture québécoise dans un seul cours, il propose plutôt l'interdisciplinarité; en parler à travers d’autres matières. Par exemple, présenter Émile Nelligan en comptant les flocons de neige sur la fenêtre givrée dans le cours de math (Bucci-Wheaton, 2024). Ainsi, d’autres apprentissages comme l’éducation à la sexualité pourraient prendre plus de place dans le cours de CCQ.
Plus tôt cet été, plusieurs enseignant.e.s dénonçaient le manque de formations pour enseigner le volet éducation à la sexualité du cours (Yao, 2024). Plus de 80 % du corps professoral trouvent que le ministère ne les outille pas assez, dénote une consultation de la FSE-CSQ. Pour preuve, en mai, plus de la moitié des professeur.e.s n’avaient pas encore reçu de formation sur l’éducation à la sexualité. La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement craint que le manque de connaissance du corps professoral nuise aux élèves, par exemple en propageant de la désinformation sans le savoir ou en amplifiant la stigmatisation des jeunes LGBTQ+. De plus, elle déplore l’absence de professionnel.le.s en travail social en classe pour soutenir les élèves lors de discussions sur les violences à caractère sexuel, par exemple. Il serait important que la formation soit intersectionnelle, par exemple qu’elle aborde le racisme sexuel ou la fétichisation, ajoute Brigitte Kang-Papadakis, une éducatrice en sexualité et professeure de sociologie au Collège régional Champlain, à Sherbrooke (Yao, 2024). La phrase qui résume bien le tout est : « Est-ce que le gouvernement comprend que l’éducation à la sexualité, ça ne s’improvise pas? » (Coalition ÉduSex, 2024)
En septembre, des jeunes ont monté la voix pour dénoncer que : « Votre appréhension, voire votre honte à aborder un sujet aussi central à notre développement, n’est pas la nôtre. » Ils, elles et iels croient que l’éducation à la sexualité ne devrait pas être variable selon le niveau de confort de la personne enseignante, ni même être enseignée par des ami.e.s LGBTQ+, mais plutôt par des spécialistes qui n’en ont pas peur (Twahirwa et Paradis, 2024).
Du côté scientifique, l’Enquête canadienne sur la santé des enfants et des jeunes de 2019 a trouvé que 56 % des jeunes de 15 à 17 ans allaient chercher des réponses en santé sexuelle à l’école. Aussi, il y a un manque d’éducation à la sexualité puisque 36 % des adolescent.e.s considèrent leurs ami.e.s comme première source d’information en sexualité. Sans compter que 15 % des jeunes n’ont pas un.e adulte vers qui se tourner pour répondre aux questions concernant la sexualité. Notons que les jeunes LGBTQ+ sont plus représenté.e.s dans cette dernière catégorie. La sexologue Julie Lemay met de l’avant que les adultes devraient aussi s’informer, parce qu’ils, elles et iels n’ont pas nécessairement reçu d’éducation à la sexualité (Dessautels, 2024).
Campagne de sensibilisation OXFAM – Pouvoir choisir
Les 3 sex* a mené une recherche-action portant sur les thématiques que les jeunes souhaitent aborder en éducation à la sexualité et sur l’agir sexuel*. Ce projet a pris racine dans le cadre de la campagne de sensibilisation Pouvoir choisir d’OXFAM. Il s’agit d’un programme d’une durée de sept ans (2021-2028) qui vise à soutenir les personnes dont les droits sexuels et reproductifs sont restreints. Pouvoir choisir, c’est permettre à ces personnes d’exercer et de jouir de leur santé sexuelle et reproductive et de leurs droits sexuels.
Notre implication dans le programme s’inscrit dans ce besoin des adolescent.e.s et les jeunes adultes à choisir ce qu’ils, elles et iels veulent apprendre et vivre en termes de sexualité. Les thématiques ciblées sont la pédagogie en éducation à la sexualité et l’agir sexuel. C’est à travers une campagne de sensibilisation, une recherche-action participative et un comité jeunesse que nous avons amassé le point de vue des jeunes. Plus de 80 témoignages ont été récoltés et plus de 400 jeunes ont répondu à notre sondage à l’échelle du Québec. Il est maintenant temps de leur donner une voix.
À la lumière des analyses de la recherche-action, quatre constats se dessinent :
- Les jeunes s’éduquent majoritairement en ligne et auprès de leurs pairs afin de pallier les manques de leur éducation à la sexualité fournie dans les écoles.
- Les contenus présentés en classe sont encore conçus avec une vision genrée (garçon et fille), ce qui fait que le contenu enseigné aux jeunes est teinté de stéréotypes de genre et n’est pas inclusif pour les personnes de la diversité sexuelle et la pluralité des genres.
- Les jeunes ne reçoivent pas une éducation à la sexualité complète et globale. Les jeunes souhaitent aborder des thématiques interpersonnelles, l’amitié, la séduction, le plaisir, les pratiques sexuelles, la gestion des émotions et de conflits, etc.
- L’éducation à la sexualité reçue est ancrée dans la crainte et la honte. Les jeunes aimeraient pouvoir discuter d’enjeux sexologiques dans un espace de sexualité positive, sans jugement et ouvert, ce qui favoriserait grandement leur apprentissage.
Les 3 sex* présente du contenu numérique de sensibilisation à la campagne Pouvoir choisir depuis le 16 septembre dernier. Il est possible de découvrir ces vidéos, balados et autres contenus jusqu’au 31 octobre sur notre site web et nos réseaux sociaux. N’hésitez pas à écouter le contenu et prendre part à la discussion, et bonne découverte!
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*L’agir sexuel fait référence aux « Enjeux associés aux relations sexuelles à l’adolescence » et à « Bien vivre l’intimité affective et l’intimité sexuelle » par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur dans le document Contenus en éducation à la sexualité. Par exemple, cela fait référence « aux premiers baisers, aux étreintes et aux caresses, à la masturbation et aux relations sexuelles » (MÉE, 2018).
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